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LE MINARET DE L'ANCETRE

 

Les hommes d'aujourd'hui portent en eux des couronnes,
Leurs regards satisfaits de leurs luttes communes
Alors que le désarroi est assis sur leurs trônes.
Puis d’autres gens sont venus, instillés du parfum des martyrs
Revendiquer des guerres, des espaces plus grands
Et pour asseoir la loi des interdits dont parlent leurs livres.
Ils lèvent la main au ciel et surgit un emblème
Frappé d’un bleu de mort, d’une croix en or,
D’un signe galactique, de la swastika de l’ordinateur.
Puis d’autres sont venus nous mettre des menottes
Et dans la terre s’ouvrit le dernier précipice.
Ils créèr

ent des monastères aussi hauts que la lune
Et guidèrent au pas, armés de fusils,
Une horde d’enfants barbus jusqu’au nombril
Vêtus de plumes, armés jusqu’aux dents,
Prêts au martyre avec le sourire.
Ils créèrent l’oubli, dans les têtes le froid
Ce fut leur grande fête, et notre désarroi.
Puis surgit une race se disant des prophètes
Voyageant sur des nefs noires étincelantes
Pour surveiller nos émois, contrôler nos menstrues.
Leurs jumelles étaient longues, hauts leurs miradors.
Ils nous affamèrent et assoiffèrent, par la raison du plus fort.
Assis sur leurs trônes, faisant face à la lune
Arrangeant leurs lunettes semblables à celles de Trotski
Nous les avions vus comme naître un stylet à la main,
Pour faire des calculs de hautes mathématiques,
Faisant tourner la terre,
Mesurant ses ellipses chaque mercredi.
Dominant le môle, leurs trônes faisaient face à la mer
Et, grande, imperturbable, la mer les regardait.
Leurs soutanes étaient tristes, leurs visages aussi.
Leurs vampires aux sept têtes tendaient des embuscades
Aux voleurs de melons qui hantaient les champs.
Leurs bazookas étaient terribles, leurs balles sans pardon
Puis ils creusèrent des tombes
Pour nos aquarelles et nos livres de droit
Jugés inutiles par ces « avocats ».
Ils les mirent sous terre, marqués d'une croix,
Puis ils nous mirent dans des musées en face des hôpitaux :
Là régnait un froid polaire : telle était leur ambition.
Leurs critiques d'art, de grands aristocrates
Qui n’avaient lu qu’un seul livre,
Nous interdirent les livres, la musique, l’art
Et aux oiseaux, les trilles et même le chant.

 

Pareils à des oriflammes, leurs discours déployés
Au vent de la grande ruse ressassaient des slogans
De paradis et d’enfer. Effrayants anathèmes
Que nous crûmes sur parole sans en comprendre mot.
Leurs versets étaient tristes, sombres leurs présages,
Obscurs, leurs anagrammes tressés de barbelés.
Sinistres étaient les signes qu’ils écrivaient sur les portes
Pour nous assimiler.
Sinistres étaient leurs faces, ricanantes leurs voix ;
Et des épines de bardanes leurs poussaient dans les yeux.
Leurs slogans étaient creux mais hauts, leurs minarets
Comme pour convaincre les dieux de leur bonne foi.
Leurs discours creux semblables à des étendards
Nous servirent d'envol
Car qui d'entre nous ne nourrissait sa haine
Contre leurs bras monstrueux ?
Les détrousseurs de livres volèrent le minaret de l'ancêtre
Du haut duquel : « Oyez ! Oyez ! » nous criaient-ils
En nous tenant figés entre leurs mains décrivant au laser
Le nom des prophètes aux olympiades de la ruse.
Alors nous leur tînmes une langue de feu
Pour résister à leur langue de bois

En rêve je vis le prophète avec Fancis Bacon
Quand ils apparurent sur nos petits écrans,
Mâchonnant du chewing gum,
Marchant sur la tête,
Aboyant comme des chiens.
Nous émîmes des hypothèses :
Les derviches tourneurs étaient-ils ivres ?
Ou bien étaient-ce des saltimbanques, des talibans afghans,
Ou encore des faux guérilleros de Che Guevara ?

Puis Nadjette, conquérante des espaces blancs,
Entonna ce chant :
Voici venu le temps d’étêter les goules  
Leurs barbes de bardanes ne peuvent m’apeurer,
Ni leurs haches, ni leurs bombes ni l’horreur qu’ils infligent
Du premier sigle j’ai reçu mes armes pour mener la lutte
Et arborer le rire comme puissant testament. 
N’ai-je payé le tribut des martyrs et celui de l’ancêtre
Qui était toujours ivre pour ne pas devenir tyran ? 
Je combattrai la vermine jusqu’à la dernière goutte de sang 
Vivez ou mourrez, le scalp entre les mains
De ceux qui vous habillent de hidjab
Alors que vous êtes belles, cheveux au vent et poing levé.
Je brandis mon sein à l’homme qui m’aime
Et que celui que sa mère a mis au monde me défende d’aimer !
Je ne couvrirai mon visage de hidjab ni de bardane,
Car Dieu ne peut demander de cacher
La beauté qu’il a créée
Dans mes cheveux les saints voient Sa Beauté
Les pervers et les obsédés y voient le vice qui les habite
C’est péché que de voiler la beauté que Dieu a créée !
Comment osent-ils se prétendre de ma religion,
Ceux qui ne pensent qu’au Mal 
Et voient partout le Mal dans le Règne même de Dieu ?
Comment peuvent-ils empêcher les oiseaux de chanter sous prétexte que le chant est péché ? Comment peuvent-ils m’interdire d’être libre et belle en prétendant qu’Allah ne m’a pas créée ton égale ? Comment Dieu peut-il créer des êtres diminués ? Ne suis-je pas l’image même de Sa Perfection ? En eux est le vice et le Mal, ils osent alors demander de cacher ces cheveux que Dieu a créés sur la perle de sa couronne. Ils osent demander de travestir la beauté d’Allah. Ils osent demander de voiler le grain de beauté de la création divine en prétextant que Dieu l’a exigé ! SI Dieu veut voiler sa Beauté, que m’a-t-il créée ? Si vous avez peur de vos frères de religion et si vous voyez en eux le vice et le Mal, quelle religion est-ce là ? Crevez-leur les yeux plutôt que de me voiler de noir !             
Ce cri de fureur, en mille clameurs conjuguées,
Embrasa comme enfer leurs faces d'impostures.
Ils ripostèrent avec vigueur, elle lutta avec fureur.
Ils vidèrent leurs armes sur sa poitrine
Et elle chanta en mourant,
Les yeux rivés au précipice noir de la lune. 
Que chant toutes tes plaintes deviennent,
Martyre des emblèmes qui flottent sur les blés ;
Que vivent en paix les peuples des prairies,
Les peuples des déserts et ceux des hautes plaines

Puis vint la femme nourrie d'éternité
Qui ressemble à une licorne et portant à chaque doigt
un anneau autour duquel des planètes.
Elle est venue de loin, de derrière les glaces,
coupant la galette avec une scie ;
sa robe de froufrou voltigeant dans l'air
créait un arc-en-ciel qui nous servait de pont
vers les cimes astrales d'un nouveau printemps.
Elle se tenait la main, comme guidant des aveugles
vers le faite des arbres d’une nouvelle saison.
Elle a traversé des plaines, des monts, des cimetières, si vive,
qu’on lisait l’aventure dans ses grands yeux d’orante,
ses beaux yeux immenses que ne peuvent contenir les océans
ni les champs de bataille où tombèrent les martyrs
qui eurent à les combattre, ces hordes et leurs slogans,
du seul art de la poésie et de celui, noble, de la guerre.

De ces chants barbares, de ces hurlements, augures des géhennes, les enfants s’en souviennent,
L’œil droit et vif, la tête touchant le ciel,
Ils marchent sans crainte vers le rocher noir

Ecrit les 3 et 4-11-1996, 28-10-2004, 15-12-2007, 2-2-2008 et 10-4-2008. Inédit

Note: Comme vous l'avez remarquez, le poème qui figure dans cette page n'est pas Fleur de Cosinus. Ce poème est trop long pour être mis sur Internet.

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