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POEMES

A TON HONNEUR

Au nom des architectes de la colonne touchant le ciel
Au nom des stèles et des Trois Arcs
Et des clochers de fière allure
Édifiés sur des nuages
Au nom des tours comme échelle de Jacob
Suspendues en mille étages
Au nom du soc et de l'araire
Qui instamment fécondent la terre
Pour rendre plus beau le blé dans les sillons


Au nom des sycomores et des grands frênes
Des peupliers et des platanes
Au nom du soc dans le sillon des vastes plaines
Et de la faucille des hommes blonds
Au nom des mains calleuses des anonymes
Au nom des mains fières des démiurges
Au nom des fresques et des triptyques
Au nom des prismes et des Trois Arcs
Les voilà qui avancent, les Gens du Nord
Avec toujours cette impatience
De faire bouger la vie
Au cœur même de la pierre et du silence
Au cœur même du néant

Au nom des hautes sources de l'Ouvrage
Et des hautes sources du sacrifice
Au nom de l'auréole qui ceint la clé des Aubes
Et les Terres neuves qu'elle féconde
Au nom de l'Heure qui réveille avant le chant du coq
Pour les labours et les semailles
Et pour le han ! du forgeron
Au nom du vœu et de l'effort
Les voilà, les Gens du Nord
Qui irriguent en permanence
Le sol de leur sueur
Au nom de l'Heure qui unit à la Nature et au Cosmos
Au nom de l'Heure de l'espérance
A la saison des moissons et des récoltes
Et du pain béni à partager
Dans les grands jours de charité

Au nom des clochers des églises
Dans les plaines des plats pays
Où l'homme travaille, où l'homme peine
Où l'homme vaut par la grandeur de l'âme
Et par l'effort consenti
Pour se détacher du bloc inerte
De l'argile brute qui l'a vu naître

Au nom des prêtres dans les prairies
Au nom des moines dans les collines
Au nom de l'Heure qui vous rassemble
Au nom de l'Heure qui vous unit
Dans le travail et le loisir
Et de l'Heure qui vous gouverne
Tant à l'Amour qu'à l'Ouvrage
Au nom des arts et de l'algèbre
Au nom des Beethov et des Mozart
Au nom des Bach et des Berlioz
Et de leurs orchestres aux dix mille pièces
Pour immortelles symphonies
Au nom de la rose et de l'épi des Emblèmes
Au nom des grands chants des diadèmes
Au nom des fugues et des sonates
Et des musiques des Grands Soirs

Au nom prairies et des collines
Couvertes dès l'aube de la sueur de l'espérance
Couvertes au crépuscule du geste auguste du semeur
Au nom des villes de théorèmes et de sueur
Où l'homme trime pour que l'homme vive
Où l'homme est homme par sa fatigue et son labeur
Au nom de l'électricité, de l'atome et du laser
Domestiqués à la source de l'ouvrage
Et des milliers d'années d'effort
Malgré les froids, malgré les neiges
     
Au nom des cartes et des équerres
Au nom des astrolabes et des boussoles
Des montgolfières et des Trois Arcs
Au nom des prismes et des ellipses
Mis en poèmes mathématiques
Et en Théorèmes apprivoisés
Au nom des âges que vous eûtes
Au nom des livres que vous écrivîtes
Au nom du ciel de vos amours
Et du ciel de vos séjours
Et de la semence dans la matrice

Au nom du vin, du cidre et de l'absinthe
De vos Bruëghel, de vos Shakespeare
De vos Villon, de vos Baudelaire et de vos Goethe
Ces joailliers en la Demeure
Ces artisans des Grandes Œuvres

Au nom des sols de vos moissons
Au nom du fer, du bronze de vos raisons
Au nom du sceptre qui vous oriente
Navigateurs et géographes
Sur les routes de longues peines
Où l'on récolte et où l'on sème
La graine de l'Homme Futur
Et l'orge de demain
Au nom de l'intelligence mise en musique
Et en poèmes eurythmiques
Au nom des Lumières qui illuminent
Et des Lumières qui orientent
Au nom des Pasteur, des Newton et des Curie
Au nom des claviers, des horloges
Et des frontières toujours ouvertes
Sur l'avenir et les grands cieux
Au nom des planètes qui tournent
Autour du front ceint de sueur dès l'aube
Et de la sueur des crépuscules
  

Au nom de l'auréole qui ceint la gerbe
Au sextant bleu de vos Nourrices
Au nom de l'Action Fondatrice
Au grand manoir des Ingénieurs
Au nom des rimes de vos liaisons
Et des amours de vos saisons
Au nom de l'auréole des mille aurores
Et des Terres Neuves qu'elles fécondent
A coup de timon, à coup d'araire
A coup de cœur et de sueur
Au nom des encyclopédies et des grands livres
Où pousse le blé de belles semences
Dans les sillons de l'avenir
Au nom des arts et de l'algèbre
Célébrés par mille usages

Dans les temples des ancêtres,
Ces maîtres des sphères et des triangles,
Maîtres des tables et des balances
Au nom des navigateurs, des géographes
Et des descendants de ce lignage
Et des millions millions de pages
Encore qu'ils écriront
Pour nourrir d'encre et de lumière
Les grands peuples de l'avenir
             
Au nom des gens de cette race
Au front ceint de vaillance
Ceint de sueur des aubes
Et de la sueur des crépuscules
Peuples de sueur
Hommes de sueur
Dans les avril des champs
Et les froids novembre des ports

Au nom des cierges de vos prières
Et des trônes de vos grands rois
Au nom des épices que vos navires,
Vos capitaines et vos matelots
Sont allés chercher en Chine
En ces contrées sous les tropiques
En ces Pérou, en ces Afrique

Au nom de l'acier qui trace les décumanes,
Les voies altières et les voies justes
Dans les terres de cendres, les terres de Sienne
Prions, prions pour les rois et pour les reines
Et pour le pain béni du grand labeur
Au nom de la roue, au nom du sabre
Du cheval et de l'armure qui ont sauvé Tibre et Seine
Au nom des âges que vous eûtes
Et des pages que vous écrivîtes
Au nom des routes de longue peine
Tracées dans les jungles impénétrables
Et au cœur des océans

Au nom des planètes apprivoisées
Et de l'homme guidé par la flamme
Au nom de l'homme seul au sang fier de la race
Au nom de l'homme seul dans les déserts
Les jungles, les océans
Prions, prions pour les rois et pour les reines
Et pour le pain béni du grand labeur
       
Au nom des âges que vous eûtes
Et des pages que vous écrivîtes
Au nom des planètes apprivoisées
Et de l'homme guidé par la flamme
Au nom des Alexandre et des Lindbergh
Des Amerigo, des Colomb, des Gagarine et des Amstrong
Au nom des hommes seuls

Nourris aux sources des Lumières
Nourris, mille fois nourris de l'Héritage
Qui vous témoigne ce don de sang d'une fière race

Au nom des miradors d'anachorètes
Et des habitacles des guetteurs
Suspendus sous les étoiles
Pour les voyages de l'avenir
Au nom des tiares, des toges et des Amarres
Au nom des cohues, des cris, des larmes et des foulards
Sur les quais

Sur les quais, il y a celles qui restent avec des yeux qui semblent périr. Mais il part au loin pour les terres neuves. Le pavillon flotte au vent d'un ciel camard, puis le navire s'arrache au port d'un coup de canon en guise d'adieu. Et elle reste là, sans présent ni avenir. Le voilà, lui, avec d'autres rêves inscrits sur la proue. Il part. Les frontières l'appellent, ces routes à tracer : decumanus et maximus de l'ancêtre.

 
Au nom des hautes sources de l'Ouvrage
Au nom des hautes sources du sacrifice
Au nom de la sueur qui perle toujours
Sur le front des hommes blonds
Au nom du travail et de l'effort
Qui vous témoignent ce don de sang d'une fière race
Au nom du Beau et des lois justes
Mis en poèmes mathématiques
Et en théorèmes apprivoisés
Au nom des lois iniques et des lois justes
Qui eurent tour à tour à vous guider
Dans l'effort qui vous élève
Au-dessus des grands tourments
Au nom des guerres et des calamités endurées
Au nom des révolutions et des crises 
Qui ont tracé le chemin vers la Raison et la Justice
Hommes de sueur
Femmes de sueur
Espérance de l'avenir


J'ai écrit « Occident » entre le 29 août 1999 et le 10 septembre 1999, puis réécrit en février, octobre et novembre 2000, ensuite en février et mai 2001.

 
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