C'est l'époque encore vierge où elle domine comme un totem
L'époque des déléatures, des pierres précieuses
Des livres d'emblèmes, des grandes métaphores
L'époque où je règne sur ton règne
Et où tu règnes sur mon présent
A ton honneur ces oiseaux bleus
Semblables à des frégates
Ces astres clairvoyants
En leur espace parfumés
Bergère, ton sang est fou de tout
Rendez-vous sur cette lumière d'astre
Qui s'est posée contre tes joues
Je t'écrirai encore le long poème
Qui mène sur les eaux
Lorsque de tes yeux douloureux si proches de la lune
Tu me diras encore "Je t'aime"
Ma femme a appris à ouvrir ma poitrine
Dans la paume de ses mains
A boire à même mon nombril la vague qui me retient
Nonchalamment, elle balance des reins
Promenant son miracle sur mon corps
Exhibant les seins, se cachant les fesses
Amoureuse des fleurs des champs
Déjà la plaine se couche dans ses cheveux
J'ouvre les yeux : l'enfant revendique
Des caresses de son rire sur mon balcon
Alors je vois venir, indolentes, paisibles
Des caravanes retenant leur violence par la bride
Amour, bonjour matin, je viens cueillir
Des roses sur tes joues
Ma femme a cent mille ans d'âge
Elle me vient des nébuleuses
Et joue à la marelle comme une poupée
Entre mes mains je l'ai prise, la flamme
Et elle tourna contre mon front
Le grand manège dura l'éternité
Je l'entends toujours qui descend du ciel
Avec un bruit de lame de fond
Une révélation, une comète, une menace
Je l'entends de loin venue me dire "Bonjour"
Un matin trouvée dans mon lit
Avec ses yeux verts comme des épis
Epris de pais et où voguent les navires
Avec ses cheveux que les marchands de la soie
Allaient autrefois chercher en Chine
Avec ses lèvres où brûlent des cierges,
Et les rêves en leur lumière rassemblés
Je l'entends encore qui part sans jamais être venue
Comme elle partait chaque fois plus loin
Se rapprochant un peu des vagues, des pêcheurs du Portugal
Du blé de Hollande, du vin d'Algérie
En s'éloignant, comme d'une ombrelle,
Elle se saisit des astres sur son chemin
La voilà partie encore et pourtant je la sais
Dans la force tranquille des nuages, là-bas,
Qui courent vers l'Orient et ceux de l'Ouest
Et encore dans ceux qu'on n'entend ni ne voie
Et qui pourtant existent
Je l'entends qui part sans jamais être venue
Et pendant ce temps-là je la cherche
De Londres à Caracas, dans un temple de Calcutta,
Au port de Baltimore, si près de son parfum
Lorsqu'elle est au Sénégal, frôlant mes rêves de ses mains
Viens voici venir le temps de nous faire un enfant
Avant la sieste sur les collines