Mes poèmes

 
 

Mes ouvrages

 
 
 
 
carreau
 
 
 
   
hide_button
spacer

spacer

Elis Communications
hide_button

MADRID

La ville ardente brûle des cierges

Modeste mais parfois orgueilleuse jusqu’à l’outrecuidance, racée mais populaire, conservatrice mais tolérante et goulûment ouverte, Madrid est la ville des paradoxes par excellence. Depuis des millénaires, ses rites et ses traditions, ses coutumes et ses us se sont nourris aux diverses sources de la culture européenne et méditerranéenne pour pétrir un peuple dans une pâte faite de contradictions pleinement assumées.

Les contradictions madrilènes sont donc logiques puisqu’elles proviennent d’un brassage séculaire qu’il a fallu, au fil du temps, mettre à profit pour ériger une seule et même culture, composite certes mais dont le ferment est à base de tolérance et d’acceptation mutuelle. Madrid a connu des turbulences avant d’arriver à cette formidable leçon d’histoire qui, d’ailleurs, lui bénéficie non seulement sur le plan social et culturel mais aussi sur le plan économique et touristique car elle accueille des millions de visiteurs et de nombreux projets d’investissement. Evidemment, le franquisme qui était une violente remise en question de cette tolérance - tolérance d’ailleurs pas uniquement madrilène mais ibérique - ne fut qu’une courte opposition à cette ouverture d’esprit et cette émancipation.
Madrid n’est pas ingrate et ne peut oublier qu’elle doit beaucoup aux Arabe qui l’ont conquise au milieu du 9ème siècle même si son premier conquérant, Mohammed Ier, n’a pas pu lui donner l’importance de Grenade, Tolède, Cordoue ou Séville. Durant cette lointaine époque, elle n’avait pas le vrai faste andalou mais un petit ruisseau, le Madriz, serpentait entre les quartiers mozarabes et arabes.  Faute d’avoir les jardins et vergers de ses voisines, elle était entourée d’une forêt dense et riche en gibier.
En 1202, la ville est dotée d'une charte qui l’émancipe mais faute de moyens et de ressources, la municipalité et le clergé se querellent au sujet de la propriété de la forêt et du droit de chasse. Le conseil finit par gagner et ajouta un arbousier à son emblème. Puis éclate la bataille de Las Navas de Tolosa, opposant les troupes d'Alphonse VIII et celles de Mohammed Al-Nasir. Les chrétiens gagnent la bataille. Depuis, saint Isidore est devenu le patron de la ville et fêté tous les 15 mai. Une fête haute en couleurs où les cierges défilent, les tuniques défilent, les masques défilent, processions immenses, infinies, où la ferveur religieuse s’affiche dans tous ses états, même les plus débridés jusqu’aux heures blanches du matin jonché de rires, de cannettes de bière, de « tapas » régurgitées. Une espèce de défilé de mode archaïque mais grandiose sous le signe redondant de la croix.

 

 

En 1474, Isabelle la Catholique se fait proclamer « reine de Castille » et fait bâtir un monastère et un hôpital et paver certaines rues... Le processus qui fera de Madrid la capitale de la Castille est enfin lancé. Elle attendra patiemment son heure pour s’imposer. Vers 1556, le roi Philippe II transfère la cour de Tolède à Madrid et entamer des aménagements structurels, notamment à la Plaza Mayor qu’il flanquera d'une belle série d'arcades. Charles III, quant à lui aussi, s'entoura d'architectes français et italiens novateurs en vue d’en modifier les plans. Le Prado commence à prendre forme au 18ème siècle ; et cette suite d’améliorations crée une certaine identité madrilène en dépit de la  misère et des insurrections successives.
 Au 18ème siècle Madrid est déjà une ville prestigieuse, mais occupée par les français. La révolte du 2 mai 1808 donna le signal de la guerre d'Indépendance contre cette occupation. Ce soulèvement est immortalisé par le peintre Goya dans sa célèbre fusillade. Lors de la guerre civile, en 1936, Madrid résiste à toutes les attaques fascistes mais finit par se rendre. Le dictateur Franco a voulu marquer son temps en aménageant la Gran Vía, et la plaza de España dans le plus pur style pompier. On le voit donc à travers l’histoire, Madrid en particulier et l’Espagne en général, sont marquées par la guerre et la violence ; mais la diversité a conduit la capitale à exorciser ces démons par la tolérance. C’est ainsi qu’une culture éclectique et cosmopolite est née et qui se confond avec l’âme madrilène tout entière.    
Le Caudillo - dont l’idéologie était une remise en question de cet esprit et cette acceptation mutuelle - mourut en 1975. Alors le pays afficha sa soif de démocratie par une pléthore de 200 partis politiques créés à Madrid.  Grâce à l’art de la fête qu’ils ont dans le sang, les Madrilènes se réconcilièrent avec eux-mêmes et avec leur ville. Avec en sus, l’art de la corrida comme couronnement de l’embellie financière née de l’industrialisation et des investissements internationaux.

Passions nocturnes et « tapas »

Madrid se targue de ses innombrables privilèges, elle la Méditerranéenne implantée à la pointe occidentale de l’Europe ; elle l’andalouse qui a su préserver le grand héritage des Maures qu’elle a pourtant ingratement jetés à la mer ; elle la chaleureuse qui surfe sur les extrêmes, y compris sur le plan météorologique car la température extérieure atteint facilement les 35° C en juillet pour descendre à -10°C en hiver.
En été, la capitale castillane se pavane de touristes qui savent que l’Espagne n’a pas que des plages méditerranéennes mais aussi la culture et un chapelet de fêtes qui battent à un rythme endiablé. A croire que tout le monde est noctambule dans cette trépidante capitale où l’on peut s’amuser pour peu d’argent, y compris de jour. Sauf tôt le matin, où les rues sont surréalistiquement désertes, comme dans une peinture de Balthus. Les jours de joie se suivent et ne se ressemblent guère : en été, il y a les fêtes de la Virgen de la Paloma (le 15 août), en mai celles de la San Isidro commémorées à la même période que les célèbres courses de taureaux… où même les moins téméraires se hasardent, par mimétisme.  Car à Madrid, on a le sens de l’improvisation mais aussi le génie de l’imitation. On a l’impression que ces gens appliquent à la lettre le proverbe algérien : « Fais comme ton voisin ou change la porte de ta maison ». Imiter dans le bon sens, bien sûr.
Avec ses trois millions d’habitants, Madrid est une capitale à dimension humaine qui ignore le bruit et la grande circulation, les embouteillages et la pollution. Ses espaces verts, dont le parc du Retiro, le jardin botanique ou la casa del Campo, sont des lieux de repos et de détente après la fête. Les Madrilènes sont proches de la nature même s’ils aiment festoyer dans le boucan des bars et des night clubs.
Sur le plan de la culture, Madrid est une capitale incontournable aujourd’hui. Sa haute couture, son architecture, ses galeries, sa cuisine branchée, ses concerts, sa production cinématographique et même ses DJ’s le prouvent. Mais Madrid, c’est peut-être d’abord et avant tout le prestigieux musée du Prado (18ème siècle) qui possède l’une des plus riches collections de peintures du monde. Le musée de la reine Sofia abrite des chefs d’œuvres modernes dont le célèbre « Guernica » de Picasso. Le musée Thyssen et d’autres moins connus, dont Sorolla, ne manquent pas d’intérêts. Mais ce n’est pas uniquement par ses musées que Madrid a cette place privilégiée parmi les capitales culturelles européennes.
Les marchés sont des lieux typiques où bouillonne la culture populaire et la culture madrilène tout court. Autour de la Puerta del Sol, les rues commerçantes de Montera ou Calla Mayor invitent à déambuler, à la flânerie. Puis, après avoir pris goût aux harangues et au verbe haut de la plaza Cascorro et la rue Ribera de Curtidores ainsi qu’au rythme d’une ambiance trépidante et éclectique, la promenade sur Gran via vous mènera plus souvent aux vieux quartiers de Chuca et Lavapiès où, chaque dimanche, a lieu le "rastro", un marché hétéroclite achalandé de mille et un étals de vendeurs bruyants et bigarrés qui, tout en vendant et en vantant leurs produits, ne cessent de bavarder, de « charlar »  comme ils disent c’est-à-dire de parler haut et fort, de tout et de rien… Comme s’ils étaient dans la rue ou dans un bar en train de déguster des « tapas » - l’équivalent exact du mot arabe « kemia » -, ces amuse-gueule généreusement servis avec une cerveza qui désaltère.
« Charlar »  est une spécialité espagnole. D’ailleurs, si vous écoutez les chaînes de radio ibériques, vous en aurez le cœur net en vous demandant comment ces animateurs peuvent-ils être si prolixes et que peuvent-ils dire à leurs auditeurs de si important sans jamais s’arrêter ?
Les rues, les marchés et tous les lieux publics sont des espaces de convivialité où l’on veut croquer la vie à pleines dents, à chaque instant. Que vous soyez à la puerta del Sol, à la plaza Mayor ou encore à la plaza de Espana et sa célèbre statue de Don Quichotte, c’est cette ambiance bon enfants qui règne, avec des jeunes couples qui se bécotent sur les bancs publics ou même dans un autobus. Puis, par esprit de dérision et par goût de la provocation plus que par foi en la modernité plastique, la ville a acquis une série de sculptures de Botero qu’elle aligne le long de ses boulevards : des femmes grosses, des gros taureaux…
 La vie nocturne madrilène est faite d’improvisation, avec comme constance la navigation de bar en bar, de boite en boite. Les bars à tapas, quant à eux, servent des amuse-gueule qui font boire des caisses en faisant oublier de manger par la suite. Car lorsqu’on bavarde et boit, l’on picore aussi ce qu’il y a dans l’assiette qui peut contenir des olives, des cacahuètes, des anchois sur toast, des tranches de chorizo, des lamelles de jambon, des mini-paellas aux sardines, une friture de sépia, des champignons ou des fruits de mer... Des bars à tapas, il y en a partout, et les prix sont presque identiques.
Le quartier de Malasaña s'organise autour de la plaza Del Dos de Mayo où foisonnent des chapelets de clubs, restaurants et cafés ouverts très tard la nuit. A l’ouest de la calle de Fuencarral et autour des rues mi-piétonnes, mi-carrossables de Velarde, de San Andrés, Vicente Ferrer, Palma et de la fac des arts appliqués, navigue incessamment une faune culturelle où la mentalité classique côtoie l’hyper branchée, et l’esprit rétro avoisine le postmoderne. On s’assemble sans se ressembler, et nul ne se sent dans un ghetto. A la Chueca comme à l'avenida de Brasil, on n’est jamais étranger même si le chic de certains quartiers définit l’appartenance des lieux.

L’art de la fête, jusqu’au sang

La corrida, cette passion ibérique, est aussi madrilène que peut l’être le souffle même de son âme et qui est le… flamenco. Les touristes n’y vont pas forcément mais l’ambiance y est électrique même si les grands noms d’aujourd’hui ne font pas la Une des journaux comme si la légende s’était arrêtée à El Cordobèz. La corrida de Las Ventas, qui a vibré des « ollé ! » les plus prestigieux, est la deuxième plus grande plaza mondiale (23 000 places). Ces lieux sont un passage obligé pour qui veut assouvir un fantasme tauromachique, mais nombreux sont ceux qui, comme moi, aiment la maestria des picadors et des toréadors uniquement à la télé. Face au taureau, face à la foule en délire, face au torero acclamé par les mouchoirs blancs ou carrément hué, on retrouve un peu la bête qui dort en soi, et pas seulement en chaque Madrilène.
L’oreille d’un taureau noir en guise de sacrifice et en guise de victoire, c’est peut-être mieux que de brandir un autre type de scalp. Ce n’est pas pour rien que Picasso et Dali ont eux aussi peint ces scènes d’une violence qui aurait pu être plus barbare si elle n’était contenue dans un cérémonial grandiloquent, fait de parades, d’applaudissements, de « ollé », de tuniques rouges et jaunes flamboyantes, d’épées, de piques et de figures relevant du sport autant que de la danse et qui humanisent plus ou moins l’acte de mise à mort… fut-il celui d’une bête.
La ville où la cerveza coule à flots a de grands projets d’avenir pour occuper un rang plus important au sein d’une Union européenne ouverte. Ayant définitivement conforté son rang de première destination touristique, elle sait qu’elle est la vitrine d’un pays dont les atouts ne se limitent pas à cette activité économique. Elle qui a des architectes et des urbanistes de valeur les associe à l’amélioration du cadre de vie madrilène qui reflétera celui du pays tout entier. Ainsi, Ricardo Bofill, l’architecte catalan, projette de faire de l'avenue de la Castellana un nouvel axe névralgique avec la bagatelle de 8,9 millions d'euros et, probablement, un musée de l’envergure du Guggenheim de Bilbao comme cerise sur le nouveau gâteau.   
Madrid est située en altitude, à plus de 600m, voila pourquoi il fait si chaud en été et si froid en hiver, et qui explique pas mal d’excès, excès dont elle a su tirer parti, pour le bonheur de tous ceux qu’elle accueille. Et des étrangers qui se sentent chez eux, à Madrid, il y en a beaucoup.  
El Hadj Tahar Ali

LES MUSEES
Le Prado
Crée en 1819, le Prado est l’un des plus beaux musées du monde. Une demi heure ou plus de queue est parfois nécessaire pour découvrir les collections évaluée à plus de 5 000 œuvres du 14ème au début du 19ème siècle. Evidemment, les maitres espagnols, y sont représentés, de Velasquez à Goya, de Zurbaran au Greco, mais aussi des chefs d’œuvres européens comme Rubens, Bruegel, Raphaël, Titien, Tintoret, Véronèse, Botticelli, Caravage, Rembrandt, Poussin...  Le Centre des Arts de la reine Sofia est quant à lui consacré à l’art du 19ème et 20ème siècles, avec le « Guernica » de Picasso et de nombreuses toiles de la figure emblématique de l’art ibérique moderne, Salvador Dali.

Le musée Thyssen-Bornemisza :
Ce musée présente des œuvres marquante de l’histoire de l’art du Moyen age, baroque, classique, impressionniste et moderne.


INFORMATIONS PRATIQUES
Transport : l’aéroport se situe à 13 km du centre-ville de Madrid. Il n’est pas si grand et l’on se rend à pied d'un terminal à l'autre même si un service de bus effectue la navette entre les différentes portes d'embarquement. Pour aller à Madrid, il y a le métro, depuis le terminal T2 pour 1 €, ainsi que le bus, toutes les 10 minutes, depuis les arrivées internationales, et pour 1 € également. Le trajet en taxi revient à 25 € ou 30 €. Dans la capitale, il y a trois gares principales, assurant un service efficace : estación de Atocha, estación de Chamartín et estación Príncipe Pio. Les transports urbains, bus et métro, sont développés.

Ali El Hadj Tahar
Texte publié dans TASSILI magazine

 

spacer

ElHadj Tahar





Elis Communications

Elis Communications spacer
spacer

copyright Liens Flash Player Download Flash Player

EL HADJ TAHAR Ali, Algérie : Tél: 213 024 49 20 34 - 0797 46 45 39
email: ali@elhadjtahar.com

spacer

  spacer